Faut-il s’associer pour monter une affaire ?

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” Si un associé était une bonne chose, Dieu en aurait pris un !” – proverbe oriental.

 

La réussite d’une création d’entreprise demande une bonne demi douzaine de compétences : production, marketing, commerce, gestion, communication etc.

Et nombreux sont les créateurs d’entreprise qui s’associent pour combler les compétences qui manquent à leur projet. Par exemple, un technicien s’associe à un commercial dans le but de trouver des opportunités, et un commercial s’associe à un technicien dans le but de vendre quelque chose.

“L’affectio societatis” est le nom savant donné à ce mariage basé sur une collaboration active et intéressée.

Mais dans la grande majorité des TPE, cet intéressement est personnel avant tout.

Chaque associé cherche à combler SES propres lacunes, dans le but d’exercer SON activité et de gagner SON pain.

Il s’agit plutôt d’une affectio “egotis” (ne veut dire en Latin), basée sur une relation purement personnelle vis a vis de l’entreprise.

Et c’est ce prisme personnel qui mènera tôt ou tard les associés à leur perte.

Le gérant, le business développeur, le cuisinier et sa femme !

 

Au début du projet, la plupart des associés sont motivés.

Bien évidemment, ils sont sur un terrain vague, et personne ne sait ce que l’affaire va réellement donner. On distribue alors les parts sociales un peu au hasard, ou en fonction des susceptibilités de chacun.

Au moment du lancement, les associés se demandent qui prend le risque de devenir gérant ou président. Pour un gérant, même minoritaire, les risques au niveau de l’assurance chômage sont grands. Les autres associés peuvent opter pour un statut de salarié (même avec un faible salaire), ce qui leur garantit une allocation chômage. Mais le gérant n’a aucun filet de secours si les choses tournent mal.

Mais d’un autre côté ce dernier dispose d’un certain pouvoir, notamment sur la trésorerie et la RH. Ce pouvoir s’agrandit petit à petit quand l’affaire se développe, avec tous les risques d’abus de pouvoir de la part du soi-disant gérant. Puisque dans les TPE, le gérant est juste un associé productif (par exemple un communiquant, un informaticien ou un vendeur) qui a endossé un costume de gérant. Si bien qu’il va forcément abuser de son statut pour consolider sa propre situation dans la chaîne de production de l’entreprise, par exemple en s’immisçant dans les projets des associés, ou en faisant travailler ses amis ou son épouse (ou son mari) etc.

D’un autre côté, l’associé qui s’occupe du business développement (par exemple un commercial ou un associé qui apporte des clients) va devoir s’occuper non seulement des clients, mais surtout du business modèle de la société. C’est lui qui se retrouve en frontal avec le marché : c’est lui qui comprend intimement le business, mais sans avoir la main sur la production. Il va donc se retrouver entre la réalité du marché, et les associés de l’entreprise qui veulent faire absolument ce qu’ils savent faire, même si cela n’intéresse pas les clients ! L’associé informaticien veut faire de l’informatique, l’associé communiquant veut faire de la communication, ou l’associé consultant RH veut faire du conseil RH !

Et quand l’activité se met plus ou moins à tourner avec ses vagues et ses tempêtes, l’affectio egotis prend le dessus chez tous les associés.

Sur le fronton de la petite PME on peut alors lire : “Je travaille plus que l’autre”, “je vaux plus que 25%”, “j’apporte plus de valeur que l’autre”, “je suis plus compétent que l’autre” etc.

L’associé business développeur se transforme alors en une sorte d’ermite qui voit la réalité telle qu’elle est, mais reste incapable de la transmettre faute de niveau de compréhension des associés. Pire, il assiste impuissant aux gesticulations managériales du gérant ou aux délires entrepreneuriales des associés qui sont tout sauf des entrepreneurs. Mais dans son égoïsme déguisé en pragmatisme, il oublie qu’il n’est rien sans ses associés, qu’il n’y a pas de business à développer sans les efforts de ses associés.

En résumé, dans une TPE sans une véritable affectio societatis , 3 solutions s’offrent aux associés :

  • la société se casse la figure faute de marché,
  • la société explose en face d’un marché porteur,
  • la société tourne en rond et ce sont les associés qui implosent.

Association de bienfaiteurs !

 

Pour avoir une véritable confiance entre associés et instaurer une forte affectio sotietatis, il va falloir une vision commune, une sorte de libido sociale. Les associés sont alors aimantés par un but commun et non plus exclusivement par leurs intérêts personnels.

Cette promesse commune est un marqueur extrêmement puissant pour savoir s’il faut s’associer, et si oui avec qui s’associer.

La promesse de l’entreprise n’est pas forcément une phrase explicite marquée noir sur blanc. Elle constitue en quelque sorte la métaphysique de l’affaire, d’où la difficulté de la formaliser.

En tout cas, si les associés sentent – même vaguement – qu’ils participent à un projet qui les dépassent, on peut alors parler d’une affectio societatis.

Pour avoir une promesse dès le début d’une affaire, il suffit juste que les associés se posent une simple question :”qu’est ce qu’on fait là ?!”. Si la réponse à cette question est personnelle (par exemple gagner sa vie, ou ne plus avoir de patron), alors le mariage arrangé tournera au vinaigre et le divorce sera douloureux.

Si la réponse à cette question est impersonnelle (par exemple envie d’apporter quelque chose ou d’être utile), alors l’affectio societatis peut réellement se cristalliser.

Cette cristallisation génère petit à petit un ensemble de processus et d’actifs qui alimentent le haut du bilan de l’entreprise.

Dans ce cas de figure, les associés dépassent leur statut de simples associés et deviennent des investisseurs en quelque sorte. La société de personnes commence alors doucement à pivoter vers une société de capitaux.

Société de personnes et sociétés de capitaux

 

Il existe deux types de sociétés : les sociétés de personnes (par ex SARL) et les société de capitaux (par ex SAS). Pour faire simple, dans une SARL les associés partagent des parts sociales, dans une SAS les associés partagent des actions.

La différence majeure entre les deux se situe au niveau de la cession des titres : il est beaucoup plus contraignant de céder des parts sociales que des actions.

Cela veut dire que la loi prévoit deux types différents d’association : d’un côté le mariage arrangé (SARL) et de l’autre l’aventure amoureuse (SAS).

Pour avoir les meilleurs des deux mondes, pour fonder un foyer à la fois solide et à la fois sexy, il va falloir mélanger le côté personnel de la SARL, et le côté capitalistique de la SAS, peu importe la forme juridique sur le papier.

Disons qu’une SAS avec un état d’esprit de SARL est un excellent compromis pour réussir son métier d’associé. La SAS force les associés à structurer leur relation dès le début, et à se poser les bonnes questions, notamment à travers un pacte d’associés. Et l’état d’esprit d’une SARL induit chez les associés la solidarité et l’humanité nécessaires aux moments d’incertitude et de difficultés.

S’associer ou pas finalement ?

 

NON si les rêves des associés sont personnels, OUI si les rêves des associés sont impersonnels…

 

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